De la Préhistoire à l’Actuel :
Culture, Environnement et Anthropologie.

PACEA UMR 5199

“Evidence for early dispersal of domestic sheep into Central Asia”, Nature Human Behavior

Une nouvelle étude interdisciplinaire vieillie de plus de 3000 ans la présence d’espèces domestiques au cœur de l’Asie Centrale

Le long des chaînes de montagnes du Tian Shan et de l’Alay, en Asie centrale, les moutons et autres animaux domestiques constituent le cœur de l’économie contemporaine. Bien que les mouvements de leurs anciens prédécesseurs aient contribué à façonner les grands réseaux commerciaux de la route de la soie, on pensait que les animaux domestiques étaient arrivés relativement tard dans la région. Une nouvelle étude, publiée aujourd’hui dans la revue Nature : Human Behavior, révèle que la présence d’animaux domestique en Asie centrale remonte à au moins 8 000 ans, faisant de la région l’un des plus anciens paysages pastoraux continuellement habités au monde.

La domestication des moutons, des chèvres et des bovins a eu lieu pour la première fois dans le Croissant fertile de la Mésopotamie et dans les zones montagneuses voisines de l’Asie occidentale il y a environ 10 000 ans, parallèlement à la domestication des cultures végétales comme le blé et l’orge. Cette innovation dans la subsistance humaine, connue sous le nom de “révolution néolithique”, s’est propagée vers le nord en Europe et vers le sud en Afrique et en Inde, transformant les sociétés humaines sur trois continents. Mais jusqu’à récemment, il semblait que cette expansion spectaculaire des plantes et des animaux domestiques n’avait pas atteint les riches zones montagneuses d’Asie centrale vers l’est, où – malgré leur importance considérable dans les derniers millénaires de l’âge du bronze et au-delà – il y avait peu de preuves d’une dispersion néolithique.

Cela a changé lorsqu’une équipe internationale de scientifiques, dirigée par le Dr Svetlana Shnaider désormais au sein du Laboratoire International de Recherche ZooSCAn du CNRS et de l’Institut d’Archéologie et d’Ethnographie de la Branche Sibérienne de l’Académie des Sciences de Russie (Novossibirsk, Russie) et le Dr Aida Abdykanova de l’Université Américaine d’Asie Centrale (Kirghizstan), a décidé de revisiter l’abri sous roche Obishir V, niché dans un précipice montagneux le long de la frontière sud du Kirghizstan avec l’Ouzbékistan. Le site, qui avait été découvert et fouillé pour la première fois par des archéologues soviétiques au XXe siècle, avait livré un assemblage d’outils lithiques, dont certains semblaient avoir été utilisés pour le traitement des céréales.

Pour le vérifier, les Dr Shnaider et Abykanova se sont associées à l’auteur principal, le Dr W. Taylor, spécialiste de la domestication des animaux au Musée d’Histoire Naturelle de l’Université du Colorado-Boulder et à l’Institut Max Planck pour la Science de l’Histoire Humaine, ainsi qu’à une équipe d’experts internationaux, incluant des chercheurs de deux laboratoires CNRS, M. Pruvost de l’UMR 5199 PACEA et W. Rendu de l’IRL ZooSCAn.

La couche culturelle la plus ancienne du gisement d’Obishir a été daté à environ 6000 avant notre ère, soit trois millénaires avant l’arrivée connue des animaux domestiques en Asie centrale. Elle a livré des ossements attestant de la consommation sur place d’animaux dont l’étude des marqueurs de croissance dans le cément de leurs dents a permit d’établir leur abattage à l’automne, comme c’est le cas dans de nombreuses sociétés d’élevage. Cependant la forte fragmentation des ossements ne permettait pas leur attribution au niveau de l’espèce par une analyse anatomique standard.

Au lieu de cela, les chercheurs ont appliqué une approche interdisciplinaire utilisant à la fois la paléogénomique et l’empreinte peptidique du collagène pour identifier les restes d’animaux. En comparant leurs résultats avec les génomes d’espèces de moutons sauvages et domestiques de toute l’Eurasie, les chercheurs ont fait une découverte surprenante : “Avec chaque nouvelle preuve, il est devenu de plus en plus clair qu’il ne s’agissait pas de moutons sauvages, mais d’animaux domestiques”, explique Taylor.

“Cette découverte ne fait qu’illustrer le nombre de mystères qui subsistent concernant la préhistoire de l’Asie intérieure – le carrefour culturel du monde antique”, déclare le Dr Robert Spengler, de l’Institut Max Planck – coauteur de l’étude et auteur fruits from the Sands: The Silk Road origins of the foods we eat.

Des travaux futurs seront nécessaires pour comprendre tout l’impact des résultats de l’étude et leurs implications pour le reste de l’Eurasie ancienne. Soutenue désormais par le laboratoire international du CNRS, le Dr Shnaider prévoit de retourner à Obishir V l’été prochain pour y chercher des indices et déterminer si d’autres animaux domestiques, ou des plantes domestiques, comme le blé et l’orge, se sont également répandus au Kirghizstan depuis la Mésopotamie dans un passé lointain. Grâce à une bourse du Conseil européen de la recherche, Christina Warinner (Harvard/MPI-SHH), partenaire et co-auteur du projet, est à la tête d’un projet visant à déterminer si ces premiers moutons d’Asie centrale se sont répandus ailleurs dans la région et s’ils étaient utilisés pour produire du lait ou de la laine.

“Ce travail n’est qu’un début”, déclare Taylor. “En appliquant ces techniques interdisciplinaires, nous commençons à dévoiler l’histoire lointaine de l’Asie centrale.”

Title: Evidence for early dispersal of domestic sheep into Central Asia

Authors: William T. T. Taylor, Mélanie Pruvost, Cosimo Posth, William Rendu, Maciej T. Krajcarz, Aida Abdykanova, Greta Brancaleoni, Robert Spengler, Taylor Hermes, Stéphanie Schiavinato, Gregory Hodgins, Raphaela Stahl, Jina Min, Saltanat Alisher kyzy, Stanisław Fedorowicz, Ludovic Orlando, Katerina Douka, Andrey Krivoshapkin, Choongwon Jeong, Christina Warinner, Svetlana Shnaider

Publication: Nature Human Behavior

DOI: 10.1038/s41562-021-01083-y

 

Lire l’article : https://www.nature.com/articles/s41562-021-01083-y

Tutelle

Tutelle

Tutelle

Partenaire

Partenaire

Notre Labex