PACEA — De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie.

PACEA — De la Préhistoire à l’Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie. UMR 5199, Université de Bordeaux, CNRS.


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Alerte presse "A la recherche des dents néandertaliennes confondues"

par Isabelle Esqurial - publié le , mis à jour le

Hyènes et Néandertaliens à Marillac Les Pradelles {JPEG}Le gisement moustérien (de type Quina) de Marillac ou Les Pradelles à Marillac-le-Franc (Charente) a fait l’objet de fouilles scientifiques de 1967 à 1980 sous la direction de B. Vandermeersch puis de 2001 à 2013 sous celle de B. Maureille et A. Mann (Princeton University). L’équipe scientifique est alors riche de 25 membre, associant 6 UMR, l’Inrap, la société Archéosphère-Bordeaux, Princeton University, l’Australian national University et l’Universidad Complutense de Madrid.

Marillac-Les Pradelles est un gisement particulier car dédié à l’exploitation exhaustive des carcasses ou parties de carcasses de Rennes par les Néandertaliens artisans d’un Moustérien de type Quina (Bourguignon, 1997 ; Costamagno et al., 2006 ; Maureille et al., 2010). Il ne s’agissait pas donc d’un habitat…En plus des milliers de restes de faune, des fragments osseux (surtout crâniens) néandertaliens et des dents humaines isolées ont été mis au jour. Si les éléments osseux – animaux comme humains - présentent de nombreuses traces d’origine anthropique (cassures sur os frais, traces de découpe, etc), certaines dents humaines ont été partiellement digérées probablement par de grands carnivores comme l’Hyène des cavernes. Si les Néandertaliens sont connus pour avoir inhumé certains de leurs morts, ce n’était pas le cas à Marillac / Les Pradelles. Tous les restes humains sont mélangés avec les vestiges de faune dans les sédiments. Comme certaines de ces dents étaient en place sur leur arcade maxillaire ou mandibulaire, cela signifie que les carnivores ont au moins charogné des « morceaux » de faces humaines.

Les deux incisives partiellement digérées {JPEG}C’est la première fois que cette atteinte taphonomique est précisément décrite, avec des critères d’identification macroscopiques utiles aux fouilleurs, sur deux incisives humaines dont la forme a été largement impactée par cette digestion partielle. L’attaque par l’acidité et les enzymes des sucs gastriques produit des modifications différentes sur l’émail et la dentine. La dent présente une patine particulière, la couronne dentaire semble volumineuse relativement à la racine dont l’apex est très ouvert, le collet ne se situe plus en position anatomique. Ces incisives humaines peuvent être confondues avec des dents déciduales de bovidés ou de cervidés et se trouver avec les collections dentaires d’ongulés. L’inverse est également vrai, des incisives de bovidés ou cervidé, ou de carnivores partiellement digérées peuvent être confondues avec des dents humaines et être présentes dans les collections paléoanthropologiques...

Il est donc probable que les collections d’autres gisements doivent abriter des dents humaines non reconnues, car partiellement digérées, et mêlées avec les dents déciduales de faune…

Référence :

Maureille B., Costamagno S., Beauval C., Mann A. E., Garralda M. D., Mussini C., Laroulandie V., Rendu W., Royer A., Seguin G., Vandermeersch B. (2017) - The challenges of identifying partially digested human teeth : first description of Neandertal remains from the Mousterian site of Marillac (Marillac-le-Franc, Charente) and implications for Palaeoanthropological research. Paleo, n° 28, p. 201-212.

Voir en ligne : http://www.cnrs.fr/inee/communicati...